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[16,0] Livre XVI. [16,96] XCVI. IL FAUT TOUT SUPPORTER AVEC RÉSIGNATION. Quoi ! vous êtes encore à vous courroucer, à vous plaindre! et vous en êtes à comprendre que dans tous ces événements qui vous touchent il n'y a d'autre mal que votre courroux et vos plaintes! - Pour moi, je ne vois pour l'homme qu'un seul malheur : c'est de penser qu'il puisse y avoir dans le monde quelque malheur pour lui. Je ne pourrai plus me supporter moi-même du jour où je ne pourrai supporter quelque accident. Ai-je une mauvaise santé? c'est une des suites de ma destinée. La mortalité m'a enlevé mes esclaves? les intérêts usuraires me dévorent? je suis en butte à des dommages, à des blessures, â des fatigues, à des alarmes? ce sont des accidents ordinaires, bien plus, des événements nécessaires : décrets du destin, et non accidents fortuits. Veuillez m'en croire, moi qui dévoile sans réserve à vos yeux mes sentiments les plus intimes : dans tous les événements qui pourraient me paraître contraires et fâcheux, voici la règle de conduite que je me suis faite : je n'obéis point à Dieu, je consens à sa volonté: c'est de mon plein gré, et non par nécessité, que je lui obéis; jamais je ne recevrai aucun événement avec un visage triste ou mécontent. Jamais on ne me verra payer le tribut malgré moi. Or, tout ce qui excite nos gémissements et nos craintes est le tribut de notre vie. Vous n'avez pu, mon cher Lucilius, ni espérer ni demander d'en être exempt. Vous êtes tourmenté par la pierre; vous avez perdu l'appétit; des pertes continuelles vous accablent; je vais plus loin, vous avez craint pour votre existence. Eh quoi ! ignoriez-vous que vous souhaitiez toutes ces tribulations en souhaitant la vieillesse? Tout cela se rencontre dans une longue vie; comme dans une longue route, la boue, la poussière et la pluie. - Mais je voulais vivre, et vivre exempt de toutes ces misères. - Un langage si lâche n'est pas digne d'un homme de coeur. Prenez comme vous voudrez le souhait que je vais faire pour vous; mais c'est tout à la fois le voeu d'une âme élevée et d'un coeur bienveillant : fassent les dieux et les déesses que jamais vous ne soyez l'enfant gâté de la fortune! Interrogez-vous vous-même, et demandez-vous: Aimerais-je mieux, si Dieu m'en donnait l'option, vivre dans un marché, ou dans un camp? Or, mon cher Lucilius, la vie est un état de guerre. Ainsi les hommes qui sont sans cesse les jouets de la fortune, qui montent et descendent toujours à travers des chemins difficiles et escarpés, qui accomplissent les expéditions les plus périlleuses, voilà les guerriers courageux, voilà les premiers du camp. Mais ceux qui se livrent à un honteux repos, tandis que les autres travaillent, sont des fainéants, qui ne doivent leur sûreté qu'au mépris qu'ils inspirent. lettre suivante : il y a toujours eu des méchants les lettre de sénèque - accueil Sénèque |
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