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[19,111] CXI. COMBIEN LE PHILOSOPHE DIFFÈRE DU SOPHISTE. Vous me demandez comment s'appelle en latin ce que les Grecs nomment sophismes. - Beaucoup de termes ont été proposés, aucun n'est resté ; sans doute parce que la chose n'était pas reçue ni usitée chez nous, le mot à son tour s'est vu repoussé. Toutefois le terme le plus juste, à mon gré, est celui que Cicéron emploie, cavillationes, petits moyens qui se réduisent à un tissu de questions captieuses, sans profit d'ailleurs pour la vie pratique, et n'ajoutant rien au courage, à la tempérance, à l'élévation des sentiments. Mais celui qui exerce la philosophie pour l'appliquer à sa propre guérison, acquiert une noblesse d'âme, une assurance, une force invincibles plus on l'approche, plus il paraît grand. Il est de hautes montagnes, dont les proportions, vues de loin, semblent moindres, et qui, de près, frappent le spectateur par leurs gigantesques sommets : tel est, ô Lucilius, l'homme et non le charlatan de la philosophie, debout sur milieu éminent, toujours admirable, et grand d'une grandeur réelle. Il n'est point guindé dans sa marche, et ne se hausse point sur le bout des pieds comme ceux qui appellent l'artifice au secours de leur taille, et veulent paraître plus grands qu'ils ne sont : il se trouve, lui, de taille suffisante. Comment ne serait-il pas satisfait d'être arrivé à ce niveau où n'atteint plus la main de la fortune, et qui par conséquent domine toutes choses humaines; toujours égal à lui-même, en quelque état que ce soit, que sa vie coule doucement ou se voie traversée de disgrâces et de difficultés. Tant de constance ne sera jamais le produit de ces chicanes de mots dont je parlais tout à l'heure. L'esprit s'en amuse, sans que les moeurs y gagnent : elles dégradent la plus sublime des sciences, et la font ramper terre à terre. Ce sont, au reste, des passe-temps que je n'interdis pas, quand on veut être à rien faire. Mais ils sont dangereux, en ce qu'ils offrent un je ne sais quel charme, une subtilité apparente qui distrait l'esprit, le captive et retarde sa marche, lorsque tant d'importants labeurs restent en souffrance, lorsqu'à peine la vie tout entière suffit pour apprendre à la mépriser. Et l'art de la régler ? direz-vous. - C'est ici l'oeuvre secondaire : car pour bien régler sa vie, il faut savoir la mépriser. lettre suivante : impossibilité réforme quand les mauvaises habitudes sont invétérées les lettre de sénèque - accueil Sénèque |
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